Philippe Derudder

Clé principale : Les systèmes ne peuvent réellement changer que si les instigateurs de ces changements sont eux-mêmes porteurs d’une nouvelle attitude. Il nous faut effectuer cette révolution intérieure qui nous permette de passer de la tête au cœur et de vraiment créer une relation avec la vie fondée sur la confiance, et non sur la peur.

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Philippe Derudder : Auteur de nombreux livres reflétant sa recherche pour le développement d’économies au service de l’homme et de l’équilibre écologique, Philippe est consultant et anime des conférences et séminaires sur l’économie alternative et ce qu’il appelle le passage de la « conscience de rareté » à la « conscience d’Abondance » .

Son site : AISES (Association Internationale pour le Soutien aux Economies Sociétales)

En quoi vous percevez-vous aujourd’hui comme acteur du changement ?

Je le suis dans le fait de porter une vision qui est en dehors du cadre, car on peut percevoir dans les discours politiques, et même parfois à l’intérieur de mouvements dits alternatifs, combien les raisonnements restent enfermés dans un cadre de pensée, tant nous sommes conditionnés. Nous sommes à mes yeux conditionnés à raisonner sur toutes choses au travers d’une vision fondée sur le manque. Il nous est donc vraiment difficile d’imaginer un monde autrement, ce qui a pour conséquence que la plupart du temps, les solutions qui sont projetées, sont formulées dans le modèle de manque ; cela se traduit notamment par une référence quasi permanente aux difficultés de financement. Ce ne sont pas les idées, les solutions alternatives, qui manquent, mais tout de suite nous retombons dans « Oui, mais attends, là tu rêves…Où vas-tu donc trouver le financement. » Nous raisonnons donc au travers d’une espèce de prison mentale, nous nous projetons dans l’avenir au travers de ce moule, et nous n’y voyons qu’une impasse.

Je sens ma particularité dans le fait de m’être affranchi de ce modèle ; sans doute pas dans chaque détail de mon quotidien, ni à tous les niveaux, car je suis conscient de ma condition d’être humain qui ne cesse de me montrer mes incohérences, mais au moins je me sens libre dans ma pensée. Je me sens aussi porteur de l’image d’un monde à venir totalement différent de celui d’aujourd’hui. Je crois même fondamentalement dans la simplicité de mettre ce monde là en œuvre. Les choses ne sont pas difficiles, elles ne le sont que parce qu’elles n’existent pas encore dans notre esprit. Mais si nous voulions faire en sorte que le monde soit solidaire, accueillant, généreux, et qu’il y ait suffisamment de ressources pour tous, cela pourrait se faire en un claquement de doigts ; cela peut se faire en 10 ans à l’échelle de la planète. C’est uniquement une question de volonté humaine, mais pour l’instant on est dans l’autocensure, ou le conditionnement, qui fait que l’être humain n’a même pas conscience qu’il pourrait en être autrement. C’est en ce sens que je pense être un porteur de changement et un acteur de changement. J’ai bien sûr des propositions concrètes, j’accompagne par exemple la mise en place de monnaies complémentaires, mais c’est peu en comparaison de ce travail d’ouverture des croyances.

Ce travail est de l’ordre d’une révolution intérieure ; or la révolution intérieure attire peut-être moins qu’un processus de réaction vis-à-vis de ce que le monde nous présente. C’est tentant de se polariser « contre », de lutter contre « les forces obscures » ou ce que l’on identifie comme n’allant pas bien dans le monde. D’autant que s’il est une chose de s’élever « contre », de refuser un système, il en est une autre de savoir ce que l’on va faire après ! C’est visible dans ce que l’on appelle le mouvement du printemps arabe ;  on met le gouvernement à la porte, mais construire après n’est pas simple. Sans vision, le risque est de reproduire un fonctionnement fort proche de ce qui était en place avant ; même si on a eu les meilleures intentions du monde. On s’aperçoit que nos limites et nos peurs nous mènent à reproduire les schémas de contrôle, de rétention, d’accumulation des richesses au profit de quelques uns, au détriment du partage avec les autres.

Ma vision ne s’ancre pas tant dans un apprentissage culturel, que dans un parcours d’expérience. Cette expérience m’a appris à voir dans le monde extérieur, le reflet de mon monde intérieur. Je vois comment en travaillant sur ma propre attitude face à la vie, combien cela peut aider le monde à créer quelque chose d’autre et combien c’est préférable à juger tel ou tel aspect du système comme négatif et vouloir le changer. Je suis maintenant vraiment convaincu que ce n’est pas en changeant les systèmes que l’on changera le monde. Ils ne peuvent réellement changer que si les instigateurs de ces changements sont eux-mêmes porteurs des changements qu’ils veulent voir dans le monde, comme nous y invitait Gandhi.

A quand remonte votre engagement ? Dans quelles circonstances est-il né ?

Je suis né dans un milieu bourgeois et longtemps je ne me suis posé aucune question sur la richesse, ni sur comment gagner ma vie. Je suis né juste après la deuxième guerre mondiale, aussi toute mon enfance a baigné dans les trente glorieuses.  A l’époque il semblait que les seules questions étaient des questions de choix parmi les opportunités qui se présentaient dans tous les domaines. J’ai vraiment cru, tout imprégné que j’étais des croyances de ces trente glorieuses, que j’étais dans un monde magnifique ; je voyais tous les jours des progrès technologiques, les gens autour de moi qui s’enrichissaient, et ce dans toutes les classes de la société. Cela semblait certain que le monde moderne s’était enfin affranchi de la misère d’autrefois, et que nous étions en train de créer un monde où chacun allait avoir droit au bien-être.

J’étais imprégné des croyances du capitalisme, et j’étais fort content qu’il y ait dans ma famille une PME dont je suis devenu le patron, parce que cela me donnait la possibilité d’être un acteur influent dans cette expansion économique. J’y ai pris beaucoup de plaisir, ce fut une expérience magnifique. Jusqu’à ce que dans les années 80 ( nous étions alors sortis des trente glorieuses depuis une dizaine d’années), la vision que j’avais de l’entreprise, « une belle aventure humaine, où l’on crée une richesse pour tous en se rassemblant autour d’un projet », devienne de plus en plus irréelle. Trop souvent à mon goût je me retrouvais contraint  à mettre à la porte un employé parce qu’il fallait se moderniser. La préoccupation se focalisait de plus en plus sur la rentabilité, rester compétitif, et ce faisant, je m’écartais progressivement de l’image idéalisée que je portais. A un moment donné, je me suis lancé dans le négoce international, j’ai traîné mes guêtres dans les pays d’Asie, et j’ai découvert les sweat-shops où on pouvait acheter à très bon compte, avec les conditions de travail épouvantables propres aux pays à main d’oeuvre bon marché. Je me suis alors interrogé sur ce à quoi je participais. D’autant plus que je voyais bien qu’en alimentant ainsi les circuits de distribution, je participais à la précarisation de l’emploi dans mon propre pays. Je me suis clairement rendu compte que je jouais là à un jeu idiot.

J’étais au cœur de l’incohérence. J’ai essayé de m’en accommoder pendant un certain temps, parce que mon fauteuil de PDG était tout de même très confortable, avec de jolis revenus et une reconnaissance sociale certaine, ce qui, soit dit en passant, comptait beaucoup car j’avais toujours souffert de ne pas avoir la reconnaissance de mon père. Là j’avais celle de mes « pères » ! de mon environnement. Quel choc lorsque je réalisai qu’en vérité, au travers de toute cette phase, je n’avais eu de cesse que de chercher à être reconnu. Sur le plan intérieur, je dois dire que je me sentais tout de même bien délabré, avec un divorce,  et mes enfants éloignés de moi. Mon apparence sociale était celle de la réussite, mais à l’intérieur de moi je n’étais pas heureux du tout. J’ai alors commencé avec celle qui est aujourd’hui ma femme, Michèle, tout un parcours de stages de connaissance de soi, qui m’ont aidé à ouvrir les yeux.

Le premier stage que j’ai jamais fait, c’était un stage de gestion du temps ! Je m’étais dit, moi qui suis débordé, je vais apprendre à être plus efficace, en faire plus dans le même temps. Les premières paroles de l’animateur furent « Qu’est-ce que le temps ? » eh bien, le temps c’est la vie… Qu’est-ce que vous faîtes de votre vie ? et cela a été comme cela pendant une semaine… Je me suis retrouvé confronté à  ma responsabilité propre, moi qui jusqu’alors m’étais toujours considéré comme une victime de tout et tout le monde, et en premier de mon père qui ne comprenait rien. D’un coup ce stage m’a montré que j’étais co-créateur de ce qui m’arrivait dans la vie, et cela m’a permis de changer mon regard sur moi, sur mon propre métier, et sur ce je faisais de ma vie.

Ce furent les premiers pas, auxquels je ne m’attendais pas du tout. Il y a comme cela des clins d’œil sympas de la vie, qui nous amènent à reconsidérer des choses dont on n’a à priori même pas conscience. C’est ce qui m’a conduit à être de plus en plus ébranlé par le système, jusqu’à décider de tout abandonner. Ce fut tout de même un grand saut dans l’inconnu, car je ne savais pas du tout où j’allais. Et c’est là que je suis rentré dans un long désert, où j’ai perdu tous mes sous (heureusement que j’avais des économies, car elle m’ont permis de tenir), tous mes repères et où j’ai aussi été confronté au sentiment de totale inutilité. Tout ce que je touchais, me coûtait de l’argent, mais rien ne marchait. Pourtant j’avais fait ce choix de changement de vie pour être dans la conscience d’Abondance. Or la conscience d’Abondance, c’est avoir confiance dans la vie, et ne pas chercher un gagne pain à priori dans tout ce que l’on fait. Moi j’étais parti sur le postulat que dès lors que je faisais quelque chose de juste, eh bien le tapis rouge devait se dérouler et le tiroir-caisse sonner. Ce n’est pas forcément faux d’ailleurs. Mais les choses sont plus subtiles, et je n’avais pas encore réalisé combien la peur de manquer m’habitait et me dominait.

Alors la vie m’a amené à me confronter à mes peurs, jusqu’à me retrouver  »sdf » de luxe. Oh ! je n’ai jamais été franchement sous les ponts, mais j’ai passé plusieurs années en vivant dans ma voiture, accueilli toutefois le plus souvent chez les uns ou chez les autres avec grande gentillesse, le soir ou pour des séjours plus prolongés. Mon indigence financière me rongeait, sans parler du terrible sentiment de ne servir à rien. Pourtant je me sentais vraiment porteur d’une vision, de quelque chose de puissant qui aurait pu changer les choses sur la surface de la terre. Mais rien, aucun écho. Cela m’a emmené au bord du suicide. Ma femme était partie vivre au Québec, et pendant trois ans je me suis retrouvé dans un grand vide. C’est là que j’ai tout arrêté, et que sur une intuition je suis parti faire le chemin de Compostelle.

Je savais bien que si ma vie ne marchait pas comme je voulais, c’était que quelque chose en moi ne fonctionnait pas. Un après-midi, j’étais en train de marcher sur le chemin, et je me voyais trainer les pieds, pester, attendre l’étape avec impatience. Dans un éclair de lucidité, je me suis demandé ce que j’étais en train de faire : « Tu as choisi d’aller à Compostelle, la journée est magnifique, le paysage radieux, tu es exactement là où tu as choisi d’être, et tu es encore en train de te plaindre parce que tu as mal aux pieds. » Dans une espèce de flash, j’ai perçu que de ma naissance à ce jour, tout mon mécanisme était de m’attendre à ce que la vie corresponde à ma conception des choses : « la vie ça doit être comme ça ». Je projette mon attente, et comme la vie ne répond pas à mon attente exactement telle que je l’ai formulée, alors ça ne vaut rien. J’ai alors réalisé combien cette dynamique était destructrice, j’ai compris que puisque je me coupais de la vie, puisqu’elle n’était pas comme elle aurait dû être, eh bien elle me le renvoie. Cette évidence est tombée comme un couperet. J’ai décidé que je ne voulais plus m’épuiser à modeler les choses comme j’imaginais qu’elles devraient être. Dès cet instant, j’ai commencé à porter mon attention sur ce que la vie me donne. Et lorsque la vie m’offre quelque chose que je n’aime pas, je cherche quel est le cadeau que cette situation contient.

Voir le schéma a été magique. Cela m’a appris à ce que j’aime appeler « danser avec la vie », ne plus être en lutte avec elle. Bien sûr il est normal que j’aie des désirs, des attentes, tous les êtres humains en ont, sauf que maintenant je sais qu’il me faut entretenir une souplesse à ce propos, maintenir une écoute permanente de ce qui se passe au quotidien, voir à quoi la vie m’encourage, à quoi je suis invité. Etre dans cette subtilité de relation avec la vie, c’est très joyeux, c’est magique. Il y a là une source de bonheur, une source d’Abondance, et ce particulièrement lorsque je suis face à quelque chose qui me dérange. Je ne suis plus dans l’attitude de « Eh merde, encore un problème…» Lorsque quelque chose ne me plait pas ou lorsque je ressens un refus vis-à-vis de ce que me présente une personne, cela va m’inviter à me demander « Qu’est ce que je refuse, pourquoi est-ce que je réagis ». Le but n’est pas de m’obliger à être d’accord, mais je peux au moins être accueillant  à l’égard de ce que je rencontre. Moi qui suis d’un naturel plutôt rigide, cette façon de danser avec la vie m’amène à beaucoup plus de souplesse, même si dans cette souplesse, je rencontre encore la colère ; eh quoi ! je reste humain, mais je suis dans une attitude tellement plus légère, tellement plus détachée. Je peux aujourd’hui m’engager dans ce que je fais, mais presque sans attachement sur les résultats.

Quelle vision initiale aviez-vous ?

Ayant pu identifier mes peurs… enfin les plus grosses, et en particulier ma peur de manquer, je me suis dit qu’à partir de maintenant, soit je suis à ma place et la vie va me le faire savoir, soit je n’y suis pas, et je ferai autre chose. Je me suis abandonné à cette certitude ; je l’ai physiquement sentie descendre en moi.  Or il ne s’est depuis pas passé quelques jours sans que des coups de téléphone ou des courriels arrivent en me demandant si j’étais libre pour donner une conférence, et d’autres engagements. Depuis 2005, je ne fais que répondre à des sollicitations. Je me dis que je n’ai qu’à aller là où on me demande et si un jour on ne me demande plus, eh bien on ne me demande plus. Je ne suis plus du tout dans un vouloir, dans la perspective d’exercer un métier, ou dans un business quelconque. J’ai vraiment cette confiance que la vie me porte et que lorsqu’on est bien axé en soi, elle nous porte tout le temps, sans forcément nous donner de la visibilité ni une sécurité sur l’avenir. Voilà donc dans quelle dynamique je vis maintenant. Je pense que le défi du monde aujourd’hui est du même ordre.

Qu’est-ce qui caractérise votre action dans le monde ?

D’un côté il y a eu ce parcours qui a été initiatique pour moi. Mais il y a aussi une chose qui a été éblouissante, c’est lorsque j’ai appris que premièrement la monnaie était totalement dématérialisée, et que deuxièmement elle se crée à partir de rien. Là je me suis dit, mais alors où est le problème ? Nous nous enfermons dans des impasses qui n’existent pas ! qui sont complètement créées par nous. J’ai réalisé combien l’être humain forge son propre enfer, par des croyances totalement inappropriées, car fondées sur une vision de la vie comme quoi il n’y a pas assez pour tout le monde, qu’il faut se battre, que la vie est une lutte, que l’argent est dur à gagner. C’est le paradigme qui nous habite, qui se traduit par une vision de la vie et de la relation à l’autre, terriblement destructrice ; c’est ce qui nous pousse à amasser, à être en compétition. Tant que nous resterons enfermés dans ce paradigme, ce qui est le cas pour le moment, il n’y aura pas d’issue.

Les dessous de l’argent 2/3 par marcager

Si l’on n’opére pas cette révolution qui nous permette de passer de la tête au cœur et de vraiment créer une relation avec la vie fondée sur la confiance, plutôt que sur la peur, nous allons continuer de refuser ce que nous ne comprenons pas. Les crises, les apparentes impasses…. Alors que nous pourrions les prendre comme des indicateurs. C’est la tape sur l’épaule, « Eh, oh, ouvrez les yeux, regardez où vous mettez les pieds ! » Mais comme cela fait mal et que ce n’est pas comme nous voudrions, cela nous rend aveubles et sourds ; on voit un obstacle à abattre, au lieu de comprendre que la vie est en train de nous délivrer un message, de nous indiquer un moyen de dépasser la limite qui nous freine et nous empêche d’être heureux . C’est notre propre résistance à écouter les messages de la vie qui fait qu’on se prend les pieds dans la moquette, et qu’on se casse la figure. Aujourd’hui j’ose me dire, mais je l’avoue assez difficilement, que cela serait si simple… quand je vois ce qui risque d’arriver, les risques de misère et de chaos, simplement parce que nous ne parvenons pas à voir le potentiel extraordinaire qui est le nôtre, cela m’afflige. Nous éludons les vraies questions, nous nous acharnons à éviter de voir les choses autrement, et alors que tout nous y invite, et tout est là.

Votre vision initiale a-t-elle évolué avec le temps ?

J’ai compris que c’est une propension naturelle chez l’être humain de voir ce qui manque. Car c’est le manque de lui-même, ce terrible sentiment de séparation qu’il éprouve et qu’il cherche à combler de toutes les façons possibles. C’est le manque qui lui donne l’élan pour retrouver sa plénitude originelle, le « UN » où féminin et masculin ne sont plus en opposition, mais épousés; du moins est-ce ce que je crois. Mais comme sur cette terre  nous vivons une expérience de dualité, la sensation de manque est insoutenable et insondable, aussi longtemps qu’on ne la considère pas comme un chemin de conscience. Le manque est donc normal, lié à notre condition, souffrance tant qu’il n’a pas été conscientisé, regardé et accepté. Oui, le manque fait partie de notre nature humaine, du cœur même de l’expérience qui nous est offerte, non pas pour en souffrir mais pour retourner à l’acceptation de cette condition qui est le seul chemin pour devenir conscient. Dès que je me sens dans le manque, dans l’incomplétude, ce n’est pas qu’il me manque quelque chose, c’est que je suis invité à regarder la partie de moi que je n’accepte pas ; c’est le signe qu’il y a quelque chose qui n’est pas aimé, qui n’est pas accepté, c’est la tape sur l’épaule pour me demander comment pourrais-je changer mon regard pour lui donner une place ? Pour moi tout est là et exclusivement là.

A quoi êtes vous particulièrement vigilant ?

Je cultive la reconnaissance de l’ordinaire, je donne du prix et de la valeur à ce que je vis tous les jours, même de plus ordinaire. J’ai la chance de vivre au Québec, dans une petite maison adorable, avec des voisins sympathiques et des amis, et même si cela fait des années, je m’émerveille toujours autant de la vue que nous avons. Je la vois, je l’admire, je la reconnais au quotidien. Il y a un petit chemin au bord de la rivière où je vais me promener quasiment tous les jours, et si la route est la même,  ce n’est jamais exactement le même paysage. Ce sont ces moments tout à fait ordinaires mais tout à fait magiques en même temps. Reconnaître la magie et le merveilleux dans l’habituel. Par exemple, prendre le repas le soir avec ma femme Michèle, après que nous ayons terminé notre journée de travail vers 18h, est une fête quotidienne que nous célébrons consciemment, peu importe ce qu’il y a sur la table, même si c’est une salade. Nous veillons à la beauté. Nous mettons toujours une jolie table, une petite bougie, pour créer une ambiance autour de nous ; c’est une célébration de la vie. Alors, sans parler de rituel particulier, c’est tout simplement tâcher d’être le plus présent possible, dans l’émerveillement, mais dans l’ordinaire. Que chaque chose soit une source de ravissement.

Quelle clé principale souhaitez-vous mettre en avant ?

Il est si tentant de vouloir aborder les choses en agissant sur l’extérieur;  il y a une véritable difficulté à partir de l’intérieur. Nous partons du constat d’un monde qui nous dérange, d’un monde où on n’a pas particulièrement envie de vivre, et lorsqu’on s’aperçoit qu’il dysfonctionne, là à l’extérieur, c’est dur de faire le lien avec notre propre dysfonctionnement, ou tout au moins notre contribution à ce qui est. Or les systèmes ne peuvent réellement changer que si les instigateurs de ces changements sont eux-mêmes porteurs d’autre chose.

Il nous faut effectuer cette révolution intérieure qui nous permette de passer de la tête au cœur et de vraiment créer une relation avec la vie fondée sur la confiance, et non sur la peur.

 

 

 

 

 

 

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